Portrait
du babouin
Le babouin est un primate supérieur, ou simien, appartenant à la
plus grande famille de singes de l'Ancien Monde: les Cercopithécidés. Deux
groupes composent cette famille forte de 83 espèces: les Cercopithécidés
(babouins, macaques et cercopithèques notamment) et les Colobinés (colobes,
semnopithèques et rhinopithèques).
Le babouin porte un museau très prononcé, semblable à celui d'un
chien. Le terme « cynocéphale » signifiant « à tête de chien » désigne par
conséquent ses plus proches parents parmi les Primates.

La capacité d’adaptation des babouins fait leur force. Montagnes,
forêts et plaines, ces primates peuvent vivre sous des climats et dans des
milieux très divers.
Les babouins du genre Papio sont les plus adaptés aux savanes
ouvertes. Ils ont cependant conservé l’habitude de monter aux arbres pour y
passer la nuit. Il est vrai qu’ils sont originaires des grandes forêts
d’Afrique, et donc initialement dépendants du milieu forestier.
Une incroyable population de babouins chacmas (Papio ursinus) réussit à survivre dans le désert du Namib,
en Afrique australe. L'aridité du lieu est extrême (moins de 30 mm de pluie par
an) et, suçant seulement quelques racines et bouts d'écorce d'arbustes, ces
babouins peuvent rester près de 30 jours sans boire!
L’alimentation du
babouin
Si les singes de l'Ancien Monde ont pu coloniser une grande
variété de milieux, cela est en grande partie dû à leur capacité à adapter leur
alimentation.
Tous les Cercopithécidés sont de surcroît d'une grande dextérité
et peuvent, grâce à ce talent manuel, accéder à diverses sources de
nourriture. Ils utilisent également leurs mains puissantes comme cuillers
pour déterrer des bulbes ou des petites racines dans le sol, geste qui les
sauvera en période de sécheresse dans les régions arides et dans les montagnes
en hiver.

Recherchant essentiellement leur nourriture au sol, en retournant
les pierres, en fouillant l'humus et la végétation, des espèces terrestres tels
les babouins n'hésitent cependant pas à grimper aux arbres lorsque ceux-ci
donnent des fruits.

Ils ont en effet parfaitement en mémoire les ressources
saisonnières de leur territoire et leur vision en couleur facilite la sélection
des fruits arrivés à maturité (cueillis trop tôt, ceux-ci seraient
toxiques).
Leurs molaires plates et allongées leur permettent en outre de
broyer des plantes très coriaces. Les babouins sont non seulement adroits et
malins mais également chapardeurs: ils ont la fâcheuse habitude de voler dans
les cultures des villages proches, ce qui leur vaut, dans certaines régions
d'Afrique, d'être tirés à vue.

Un régime végétarien implique néanmoins un complément en
protéines. Les moins valeureux des singes de l'Ancien Monde se contentent
d'insectes, d'œufs ou de petits oiseaux. Tous sont attentifs aux déplacements de
petits invertébrés, scorpions y compris, des escargots et surtout des
sauterelles, leur vraie friandise.

Les grosses espèces terrestres, babouins en tête, sont également
chasseurs de gibier, un type de chasse exigeant souvent la collaboration de tout
un groupe. Pour attraper des lièvres à la sortie des terriers et des taillis ou
bien débusquer de jeunes faons de gazelle se camouflant dans les herbes,
plusieurs babouins peuvent ainsi encercler lentement une zone de chasse avant
qu'un rabatteur pousse la proie à sortir de sa cachette. La rapidité et la
puissance des babouins font le reste...
Vie
sociale du babouin
Le statut de mâle dominant dépend du nombre de conquêtes féminines
d’où un déploiement de réelles stratégies de séduction.
La vie sociale du groupe est fondamentale pour tous les
Cercopithécidés. Mais la taille du groupe et les relations en son sein varient
selon l'espèce et sous l'influence des ressources disponibles.
On peut compter jusqu'à 500 babouins hamadryas autour de certaines
décharges publiques en Arabie Saoudite! Pour la majorité des espèces, le groupe
n'est cependant constitué que de 10 à 40 individus, les deux sexes étant
généralement représentés en nombre égal.

À l'intérieur du groupe, les relations entre individus peuvent
suivre plusieurs schémas: le harem de femelles formé autour d'un seul mâle,
territorial et agressif, est la règle chez les babouins hamadryas et geladas.
Il faut considérer le groupe mixte et « multimâles » comme la
règle générale. Dans de telles sociétés, ce sont les femelles qui assurent le
lien social et la raison en est simple: une fille vit avec sa mère toute sa vie
durant, tandis que les garçons doivent quitter le groupe à l'adolescence pour en
intégrer un autre.

Les femelles font donc corps entre elles et forment un noyau
familial rassemblant souvent trois générations de guenons. Une fille héritant en
général de la position hiérarchique de sa mère, on parle de sociétés «
matrilinéaires ». Les femelles circulent ensemble, se toilettent les unes les
autres et surtout se partagent l'éducation des enfants... des tâches pour
lesquelles elles n'hésitent toutefois pas à faire appel à la protection des
mâles.
Le statut
de mâle
Le statut du mâle s'acquiert par deux moyens opposés. II peut
d'une part compter sur sa force. Un babouin mâle pèse deux fois plus qu'une
femelle, et il n'hésite pas à faire valoir cette puissance lors de disputes
liées à la nourriture ou à une place de repos.
Du fait, les femelles évitent généralement les mâles avec lesquels
elles n'ont pas d'affinités particulières. Les plus malchanceuses -ou leurs
petits- font l'objet d'agressions répétées et portent toutes la trace d'une
violente morsure de mâle.

Cette force physique, les mâles la déploient naturellement entre
eux pour établir la hiérarchie au sein d'un groupe. Les mâles dominants
disposent des meilleures branches pour dormir, sont prioritaires dans l'accès à
la nourriture et sont les premiers à profiter des femelles en chaleur. La
hiérarchie entre mâles est fluctuante. Il n'est pas rare qu'un mâle inférieur
provoque un mâle dominant pour acquérir son statut.
De telles bravades finissent immanquablement en duels, qui peuvent
être fatals pour le vaincu: c'est la mort, l'exil ou la soumission.
Stratégies
de séduction
La deuxième source du réel statut du mâle provient des relations
qu'il développe avec les femelles, un pouvoir qui se construit jour après jour,
au gré des alliances faites avec les femelles, ciment du groupe.
Lorsque par exemple un jeune mâle arrive dans son nouveau groupe,
il ne peut espérer s'y maintenir que s'il est accepté par un certain nombre de
femelles. Tout dépend de quelles femelles il obtient les faveurs: si une femelle
de haut rang lui accorde son estime, elle pourra lui «présenter » ses amies
proches... Un mâle visant une position dominante dans le groupe doit cumuler au
moins cinq ou six relations proches avec des femelles.

Gagner les faveurs d'une femelle signifie prodiguer des soins et
une protection à elle et à ses petits. Souvent, il faut également se battre
contre un rival. Les travaux d'approche des femelles sont longs.
Le babouin anubis consacre des mois entiers à développer une
relation avec une femelle, non seulement pour éventuellement devenir par la
suite son partenaire sexuel, mais surtout pour se faire accepter par le
groupe.
La
communication du babouin
L'épouillage est un geste clé permettant d'entretenir une relation
privilégiée avec un autre singe et reste le grand moyen de communication entre
individus. Cette activité occupe une grande partie de la journée et se pratique
souvent à plusieurs, entre individus de la même famille ou entre amis proches.
Le toilettage mutuel a bien sûr une fonction hygiénique: celle
d'enlever les parasites du pelage des petits, des amis. Il permet également de
prendre une collation rare puisque les babouins trouvent à cette occasion du
sel, véritable gourmandise, lorsqu'ils passent leur langue dans la fourrure de
leur partenaire.
Grognement du
babouin (MP3)
La communication des babouins est surtout non-verbale. Clignements
d'yeux, mouvements d'oreilles et grimaces expressives... les mimiques sont
nombreuses et peuvent signifier la crainte, la menace, la soumission ou la
bienveillance. Mais il ne faut pas se fier à ce que l'on voit pour interpréter
les grimaces des babouins, ni les comparer aux expressions humaines.

Par exemple, un babouin ouvrant grand la bouche et dévoilant ses
impressionnantes canines peut n'exprimer en réalité qu'un sentiment
d'apaisement, tandis que les nombreuses grimaces d'intimidation ressemblent
étrangement à des sourires. Le regard fixe, le relèvement des sourcils et le
hérissement du pelage expriment également une menace.
De nombreux chercheurs travaillent sur la communication verbale
car la gamme des cris des babouins est très étendue et passe par tous les
registres de tons de l'Humain: colère, joie, tristesse... mais ne semble pas en
revanche utiliser un vocabulaire structuré.
Les singes sont apparemment capables d'émotion, mais n'ont
probablement pas la mémoire suffisante pour construire des mots s'y rapportant
dans une syntaxe ordonnée. Les babouins émettent par ailleurs des cris clairs,
nets et de longue portée, servant au ralliement ou à l'alerte de la troupe en
cas de danger. Chaque animal a une voix particulière qui permet aux autres de
l'identifier et de reconnaître son statut et son lien de parenté au sein du
groupe.
Reproduction du
babouin
D'après des études menées par des primatologues américains,
l'ordre de priorité des mâles pour l'accouplement serait tout simplement lié aux
préférences de la femelle. Cette dernière s'unit de préférence avec les mâles
ayant développé des relations d'amitié avec elle durant les longs mois où elle
n'était pas fertile.
Une femelle ne s'accouple qu'en dehors de périodes de grossesse et
d'allaitement, soit seulement 10% du temps de sa vie adulte. La peau du
postérieur d’une femelle réceptive rougit et enfle.

Dans l'intervalle, les liens d'amitié entre une femelle et un ou
plusieurs mâles ont tout loisir de se développer. Dormir côte à côte,
s'épouiller, rester près de l'autre et le protéger si besoin, échanger des
regards tendres : tel est le secret de la séduction pour des mâles cherchant à
s'assurer une descendance.

Point de cela chez les babouins géladas et surtout les hamadryas,
tenus pour les plus « machistes » de tous les primates. Si une femelle du harem
se prend à regarder un autre mâle que son « maître » ou à jouer avec d'autres
petits que les siens, elle sera violemment réprimandée. Les courtisans éventuels
n'ont souvent d'autre recours que l'enlèvement pur et simple de l'élue de leur
coeur. D’une manière générale, la femelle ne met bas qu’un seul petit par
portée, les jumeaux étant rares. Le petit naît après une gestation de 5 à 6
mois selon les espèces. Il s’accroche à la fourrure de sa mère avant de la
téter. Il faut environ un an pour qu’un jeune soit sevré et 3 ou 4 ans avant
qu’il quitte sa mère et puisse s’accoupler à son tour.
Les babouins vivent entre 20 et 30 ans dans leur milieu naturel,
contre 40 à 45 ans en captivité.
Protection
des babouins
Chassés pour leur fourrure, pour leur chair, écartés des
plantations à coups de fusils ou victimes de la déforestation, de nombreux
Cercopithécidés sont en péril. En Afrique, la moitié des espèces sont
considérées comme le vulnérables et, outre le drill, trois espèces sont en voie
d’extinction.
Pourtant, des mesures de protection commencent à se mettre en
place. De plus, l’attrait de revenus touristiques amène les gouvernements
africains à préserver leur faune.
Cependant, les babouins, d’une manière générale, sont en
danger. |